Le centre de documentation prend le nom de CENTRE JACQUES SAUVAGEOT

Depuis le mardi 30 janvier 2018 le Centre d’Archives, de Documentation et de Recherche de l’Institut Tribune Socialiste s’appelle

CENTRE JACQUES SAUVAGEOT

Un film a été monté pour cette occasion, il sera visible dès que l’INA nous en aura donné l’autorisation puisqu’il contient quelques archives de son fond.

et Michel Mousel a rendu hommage à Jacques Sauvageot

Bonjour, je tiens à vous remercier de votre présence, les anciens compagnons de Jacques, les représentants de ses camarades de l’UNEF et du PSU, ses proches et les membres de sa famille au nombre desquels son frère François ici parmi nous, qui fut président de l’AG de Dijon quelques années avant Jacques et à l’époque où j’étais moi-même président de l’UNEF, vous conviendrez que ça crée un cercle de liens.

Baptiser ce lieu du nom de Jacques Sauvageot, vu sous un certain angle, c’est un paradoxe monumental. Si on le lui avait demandé, nul ne sait s’il n’aurait pas eu une réaction cassante, tant la mise en valeur personnelle était contraire à son éthique. Et pourtant, justement, les paradoxes, ça n’était pas pour lui faire peur, et je voudrais dire en quelques mots combien sa richesse était faite de paradoxes assumés. C’est pour cela que nous n’avons pas pensé – je n’ai pas pensé en étant l’un de ceux qui ont été à l’origine de cette proposition –  être infidèles à sa mémoire en la prolongeant ainsi à partir du lieu auquel il a consacré ses dernières années. 

C’est qu’il nous aura beaucoup étonnés Jacques.

 Comment l’étudiant débarqué à Paris, à peine 25 ans, se retrouve en situation de responsabilité centrale au sein d’un mouvement qui a ébranlé le régime le plus autoritaire et prétendument fort que s’était donné la France au 20ème siècle , et pas simplement figurer sur les photos de tête de manifestation, tout en étant le dirigeant un peu en sauvetage d’une organisation en crise…

Comment il a su,  quand les tentations aventuristes ne manquaient pas,  assumer pleinement les responsabilités que sa propre situation exigeait, ce rôle pivot à plusieurs étages : raccorder les directions de l’UNEF et celle du PSU dans des décisions tactiques et stratégiques hautement délicates et  pas nécessairement consensuelles – ce qui était inévitable dans ce contexte, et on ne dira jamais assez l’admiration qu’inspire le fait que ce rapport ait tenu bon ; être l’un des porte-paroles du monde étudiant et universitaire (avec leur foisonnement  politique) et l’ »interlocuteur valable »  du syndicalisme ouvrier, difficile plus encore au moment de la désescalade dont on il n’a jamais caché combien il l’a mal vécue.

Comment, après quelques années de galère, il a su rebondir à partir de sa formation initiale et de sa contestation des systèmes universitaires, dans le professorat puis la direction d’établissements conformément à ses principes ; comment, malgré sa méfiance instinctive pour les palabres interminables, caricaturales dans l’extrême gauche,  les obsessions d’organisation qui ne l’étaient pas moins –difficile de ne pas nous en souvenir – , il a su d’abord enrichir la substance de l’enseignement des beaux arts par le dialogue entre étudiants et enseignants, puis fédérer les écoles des beaux arts (comme cela nous a été raconté lors de ses obsèques). 

 Et comment il nous a surpris quand il est arrivé ici , cet  esprit critique et épris de liberté, qui ne craignait rien tant que tout ce qui pouvait le faire penser à un politburo, par sa capacité à fournir un outil rationnellement « organisé » – une structure au carré, une installation tirée au cordeau –  comme  vous pourrez le constater et comme on pourra longtemps en bénéficier  au lieu même où son nom et son œuvre resteront définitivement attachés.

Aujourd’hui, comme nous voyons monter l’emballement pour des « commémorations » douteuses de mai 68 – combien ce terme de commémoration est-il lui-même antinomique – il va beaucoup nous manquer.  C’est sans doute un paradoxe mais c’est ainsi : d’abord pour sa décence à l’égard de sa propre histoire.   Nous ne saurons jamais ce qu’il aurait choisi en définitive de faire en cet anniversaire, et de toutes façons nous aurions respecté son choix parce que nous connaissions son aversion à jouer les icônes (ce à quoi il se refusait catégoriquement, et il était sans complaisance pour ceux de ses anciens compagnons qui se prêtaient à ce jeu). Mais nous espérons nous-mêmes qu’il nous aura aidés à résister à ce climat nauséabond. Jusqu’à sa disparition, comme par hasard, c’est à la préparation d’un évènement à propos de 68 dans les pays du Sud qu’il se consacrait, option doublement cohérente avec sa rectitude morale et l’un de ses sujets d’intérêt majeurs. Nous continuons, ce sera l’une des façons de continuer à partager ses inventions ; De même, le projet sur lequel nous travaillons, de favoriser l’expression des jeunes d’aujourd’hui – et pas ce qui nous reste de la jeunesse d’alors pour la célébrer – par rapport aux thèmes, aux slogans de l’époque et leurs attentes d’aujourd’hui à travers des interviews confrontées aux images et documents sonores de l’époque.

Permettez-moi pour finir de rappeler quelques mots de Jacques à propos de 68.

«  ce n’est pas simplement un récit mythique dont quelques-uns exploitent, parfois très professionnellement, le filon, le réduisant souvent à une somme d’expériences ou de performances individuelles ! (…) les actions comme les réflexions étaient le produit de collectifs certes composés d’individualités, de personnalités, mais œuvrant dans une optique dépassant précisément les individualités. Les revendications d’alors liées à la liberté, à l’autonomie, au refus de la hiérarchie sont très majoritairement une façon de refuser l’ordre alors imposé, pour construire, ensemble, sur de nouvelles bases un monde plus égalitaire, plus collectif. »

C’était tout mai 68, et tout Jacques Sauvageot

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